Aubade à Dieu pour le Maestro Morricone

A graffiti mural, created by the artist Harrygrebdesign, depicting the Italian composer and conductor Ennio Morricone in the Trastevere district of Rome, Italy, 06 July 2020. The Oscar winner died in the night in a Roman clinic, for the consequences of a fall. The musician and composer, author of famous soundtracks of Italian and world cinema, was 93 years old. A few days ago he suffered a broken femur. ANSA/FABIO FRUSTACI

« L’Air de Gabriel », est l’un des thèmes musicaux du film « The Mission » (1986) de Roland Joffé, mais certainement l’un des plus emblématiques de toute l’œuvre de composition du grand Maestro Ennio Morricone, récemment disparu, au point de le définir une vraie aubade à Dieu.

Pourquoi cet air ? C’est celui que le missionnaire jésuite Gabriel (Jeremy Irons) joue dans la jungle amazonienne pour rentrer en contact avec les indigènes, établissant la pierre milliaire de l’évangélisation de ces populations qui seront massacrées, malheureusement, et les missionnaires jésuites avec, par l’avidité des pionniers européens en quête de « l’eldorado ». C’est l’élégie du langage musical qui pénètre les âmes et parle de Dieu, un peu comme la brise de vent qu’entendit le prophète Elie dans l’Ancien Testament (1R 19-9:11), annonçant l’aube du renouveau. L’aube chantée en musique et adressée à Dieu pour renforcer son lien d’Amour avec la Création tout entière.

Ennio Morricone est donc un compositeur visionnaire prophétique qui pénètre les méandres des pensées et transmet un flux vital transcendantal, adaptant sa verve au contact du scénario. La reconnaissance universelle de ses capacités créatrices est unanime. Est-ce que cette capacité conserve une valeur aujourd’hui ? Il ne s’agit plus d’appréciation incontestable du génie musical, mais du message que « L’air de Gabriel » évoque encore maintenant. 

Force est de constater le contexte de dégradation morale auquel tout l’occident est parvenu en reniant son Identité chrétienne : comme, par exemple, dans  le préambule de la Constitution de l’Union européenne de 2012 (Traité de Lisbonne) où ces origines sont intentionnellement absentes ; ou comme l’a dénoncé le Pape Benoït XVI dans le discours du 12 septembre 2008 prononcé  au collège des Bernardins à Paris, en rappelant à l’Europe, et à la France en particulier,  l’œuvre monastique bénédictine, édificatrice de cette identité porteuse des valeurs de laïcité à la base de toute démocratie. 

Cette identité qui a foisonné au cours du Moyen-âge et a permis de concevoir toute une série de structures charitables pour venir en aide aux malades, et qu’aujourd’hui nous appelons hôpitaux. Mais le vent contraire des Lumières à repoussé ces acquis et instauré une vision humanitaire loin de Dieu, allant jusqu’à matérialiser toute conception humaine par l’intermédiaire de philosophies politiques (existentialisme, socialisme, communisme, positivisme etc) contraires à la vie et partisanes de libertés illimitées. Le tronçon de ces cinquante dernières années, surtout, après les événements de mai ’68, jusqu’au coup de glas de l’attentat aux Tours Jumelles de New York le 11 septembre 2001, explique le contexte infernal d’aujourd’hui. 

Avec, d’une part, une Eglise affaiblie dans son témoignage de Vérité car mondanisée, comme le Pape François a souvent mentionné en parlant de « mentalité d’exclusion ». Ou, encore, dans l’expression « pensée unique » de Benoît XVI, qui déjà en 1967, au cours d’une interview, parlait du futur en voyant une Eglise réduite à de petites communautés vivant l’Evangile authentique et, dernièrement, début mai, lors de la parution en allemand de « Benedikt XVI : Ein Leben – BXVI : une Vie » livre interview avec Peter Seewald, où il parle de l’époque actuelle comme sous l’emprise de l’anti-Christ.

Il s’agit, d’autre part, de cette figure mystérieuse qui pourrait trouver dans la franc-maçonnerie une réalité concrète et serait à l’œuvre dans le monde entier pour imposer une dictature globale de cette « pensée unique » et qui trouve effectivement des confirmations : la tyrannie de la haute finance, la dictature du gender, la vision malthusienne de la Terre comme divinité (Gaia), la dégradation de la considération de la famille et des rôles masculin et féminin confondus, et surtout la commercialisation de l’humain dès sa conception jusqu’à la mort niée. 

Le Pape François a souvent dénoncé la gravité de l’avortement identifiant ceux qui le pratique comme des « émissaires criminels » au cours d’une audience publique Place Saint Pierre à Rome au printemps 2019. Et il est personnellement intervenu en 2018, dans le cas d’euthanasie de Alfie Evans, bébé anglais né avec une rare maladie génétique, de Liverpool, condamné par la Haute Cours Royale à l’interruption de tout assistance médicalisée aux conséquences fatales, tandis que l’hôpital pédiatrique « Bambino Gesù » de Rome s’était offert de le prendre en charge. En août 2019 en France, l’affaire avec fin tragique de Vincent Lambert a conduit toutes les forces politiques à assumer leurs responsabilités, surtout celles de l’actuel exécutif. Il fallait soutenir ou refuser une vision euthanasique établissant quelle était la valeur effective de la vie de cet ex-infirmier de 42 ans, paraplégique, suite à un accident, avec problèmes d’élocution, toutefois conscient, nourrit et abreuvé par assistance médicale. Le bras de fer familial entre les parents voulant l’assister coûte que coûte et sa femme unie à ses frères, convaincus de l’inutilité de sa vie, a été un instrument judiciaire illustrant toute la dérive du respect de la vie. Et, pour finir, l’actuel débat parlementaire sur la réforme de la loi sur la Bioéthique, après les Etats Généraux de 2017/2019, aboutis sur une mesure qui soutient la cruauté de la PMA en éliminant toute référence à la paternité. Vision condamnée sans appel par l’Archevêque de Paris Michel Aupetit (voir son homélie du 28 juin), par la Manif pour Tous et même les associations des féministes, car ainsi la femme est réduite à une couveuse à location.  

Un tel contexte évoque l’urgence de retrouver dans « l’Air de Gabriel » le souffle vital de Dieu. Ce monde est traumatisé per cette vision humanitaire appelée « globalisation, mondialisation, transhumanisme », autant de thermes abstraits qui soulignent l’absence voulue de Dieu dans l’organisation de toute dimension humaine et qui, paradoxalement cherche sa libération dans le terrorisme religieux fondamentaliste ! Nous sommes revenus à la confrontation entre missionnaires évangélisateurs, au sein d’une jungle sans nom, où des indigènes subissent la fascination d’une mélodie qui interpelle leur cœur, mais sont menacés de persécutions et d’extinction par l’avidité de prédateurs sans scrupules, et ne s’en aperçoivent lorsqu’il est presque trop tard !

Vraiment cette aubade à Dieu est une interprétation visionnaire qui va au-delà du temps du grand Maestro Ennio Morricone !

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